À Biou, le Préfet Tam Likeng prône paix, citoyenneté et développement durable

"Le vote est un droit et un devoir. Mais au-delà du scrutin, la paix et la cohésion sociale doivent rester des valeurs essentielles"

20 août 2025, la tournée de prise de contact du Préfet du Mayo-Louti, Richard Marcel Tam Likeng, le conduit au Canton Biou, dans l’arrondissement de Figuil. Ce canton de plus de 1500 âmes dont les traces administratives remontent leurs origines à 1902 au moins, porte une histoire, une mémoire souvent douloureuse. Au-delà des visites institutionnelles et économiques, cette étape a été marquée par un message fort : encourager les populations à bâtir leur avenir sur trois piliers essentiels — la paix, comme valeur de cohésion ; la citoyenneté, à travers la participation au scrutin du 12 octobre prochain et l’établissement d’actes de naissance ; et enfin le développement durable, où l’exploitation des ressources doit rimer avec respect des droits des communautés locales.

Située dans l’arrondissement de Figuil, cette communauté majoritairement composée de Guidar, vit essentiellement de l’agriculture, de l’élevage et de l’exploitation minière. Mais derrière ce dynamisme se cache une histoire lourde et des défis persistants.

Mémoire d’un peuple éprouvé

Biou est un canton forgé dans la résistance et dont le peuple a payé un lourd tribut aux contraintes coloniales. Entre 1946 et 1958, nombre d’habitants ont dû fuir vers le Tchad pour échapper aux travaux forcés : concassage de pierres à mains nues, coupe de bois… autant de tâches harassantes qui ont marqué les mémoires. Sous le grand baobab du Lamidat, la parole du chef traditionnel a ravivé ce souvenir, rappelant que la résilience demeure au cœur de l’identité locale.

Des entreprises sous surveillance

La délégation préfectorale a d’abord visité les installations test de Mira-Co SA, cimenterie basée à Douala et récemment implantée à Figuil grâce à la richesse de ses gisements et à la disponibilité d’une main-d’œuvre locale. Porteuse d’emplois, l’entreprise reste néanmoins source d’incompréhension : son installation aurait nécessité la délocalisation de 102 chefs de famille qui n’ont, à ce jour, pas encore été dédommagés. Le Préfet, entouré du sous-préfet de Figuil, du maire et du délégué départemental des Mines, a insisté sur la nécessité de concilier investissements industriels, sécurité des populations et respect des droits des riverains. Aux jeunes recrues, il a recommandé discipline et assiduité pour progresser vers des postes de responsabilité.

La visite s’est poursuivie à la carrière Roca, créée en 1943 par l’industriel Pierre Rocaglia, où s’extrait le calcaire destiné à la production d’un marbre de renommée internationale. Là encore, l’administrateur civil principal a rappelé que « le bien-être des riverains devrait toujours guider vos actions ».

Des difficultés persistantes

Au centre de santé intégré de Biou, qui accueille aussi des patients du Tchad voisin, les infrastructures insuffisantes peinent à répondre aux besoins. Le Préfet a encouragé le personnel médical à poursuivre ses efforts « dans l’attente d’autres actions gouvernementales qui ne sauraient tarder ».

Le plaidoyer du porte-parole du Lamido a ensuite exposé les préoccupations majeures des populations :

insécurité persistante avec les coupeurs de route et le vol de bétail ;

rareté des terres cultivables et des pâturages ;

absence de lycée technique, frein à l’avenir scolaire et professionnel des jeunes ;

faible électrification, limitée au chef-lieu grâce au solaire ;

absence de connexion Internet et de réseau téléphonique fiable ;

état dégradé des routes ;

non-paiement des redevances minières dues aux communautés locales.

Un message fort du Préfet

Dans son allocution, Richard Marcel Tam Likeng a salué l’accueil et la qualité des échanges avant de confier la parole aux délégués sectoriels pour des réponses ciblées. Mais il a tenu à insister sur deux points essentiels.

D’abord, l’importance de l’état civil :

« Il est indispensable que chaque enfant ait un acte de naissance, car c’est ce document qui lui donne une existence juridique et lui ouvre l’accès à l’école, aux examens et aux droits fondamentaux. »

Ensuite, les consignes gouvernementales à l’approche des élections du 12 octobre 2025 :

« Le vote est un droit et un devoir. Mais au-delà du scrutin, la paix et la cohésion sociale doivent rester des valeurs essentielles », a-t-il martelé, appelant chacun à accomplir son devoir civique dans la sérénité.

Culture et identité au rendez-vous

La rencontre s’est achevée par des intermèdes culturels, notamment le guma, danse traditionnelle des Guidar. Exécutée par de jeunes filles vierges torse nu, cette performance symbolise à la fois la préservation de la virginité et l’exaltation de la féminité et de la maternité, loin de toute connotation sexualisée.

Une journée entre mémoire et avenir

Entre rappel du passé douloureux, exposition des problèmes actuels et appel à la responsabilité citoyenne, cette étape de la tournée préfectorale a offert un cadre de dialogue franc. Elle s’est conclue sur une note d’ouverture et d’espérance, marquée par l’engagement du Préfet à accompagner les efforts locaux et par la volonté des populations de construire un avenir fait de paix, de justice et de développement partagé.

Preston Kambou

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