
Les routes de Figuil portent la poussière des jours anciens et l’attente des promesses à venir. Pendant quatre jours, elles ont vu passer un Préfet attentif : carnet en main, regard ouvert. Richard Marcel Tam Likeng, accompagné du Maire Mana Mesingue et du Sous-préfet Adda Sourarou Soureya epse Abdouraman s’est engagé dans une tournée immersive, loin du protocolaire du tout formel : il a serré des mains, écouté les plaintes, mesuré les silences.
Tel un fil rouge, un concept l’aura accompagné tout ce temps : la sécurisation populaire. Une idée qui englobe protection des personnes et des biens, garantie de l’éducation et de la nourriture, construction d’un avenir où développement et sécurité marchent dans la complicité. Il a ainsi pris à bras-le-corps le problème de l’insécurité, manifeste par des enlèvements et le phénomène des coupeurs de route, autant que la grande criminalité. Le Préfet a invité les populations, les Lawans ( chefs de 3ᵉ degré) , autant que les Lamibés, à travailler en étroite collaboration avec les forces de l’ordre pour débarrasser l’arrondissement de ce phénomène. » L’actualité récente du département nous donne de croire qu’avec le bon renseignement, nous pouvons mettre les criminels hors d’état de nuire. Vous avez appris qu’un criminel a récemment été appréhendé par nos forces de défense alors qu’il s’était spécialisé dans le meurtre de sang froid et s’apprêtait à commettre un autre forfait. Alors, fournissez le renseignement et nous ferons le reste. » Il a conclu ce chapitre en instruisant le sous-préfet de Figuil, Mme Adda Sourarou Soureya epse Abdouraman, à travailler à réactiver les comités de vigilance.

Le Préfet aura tour à tour visité les cantons de Lam, de Biou, de Bidzar et de Figuil. Il a écouté la voix du peuple, admiré la richesse culturelle, presque partout cristallisée dans les pas des danseurs du Guma et la singularité de leurs parures, autant que dans la scénographie autour des Lamibés.
La tournée s’est voulue méditative aussi, spirituelle notamment à travers le passage au monastère des sœurs carmélites de Figuil, autant que sécuritaire par l’arrêt au camp des BIR.

Au lycée bilingue de Figuil, le pas du Préfet s’est ralenti. Puis il s’est figé. Sous des arbres, quelques piquets mal assemblés tenant lieu de salles de classe n’ont pas manqué d’attirer son attention. Un spectacle sans nom. Dans cet arrondissement industriel, d’où sortent ciment, calcaire et chaux, des usines des entreprises CIMFIG, Chaux Roca ou encore Mira SA — partiellement visitées plus tôt — des enfants apprennent encore les leçons de leur vie sur des bancs de fortune, exposés à la pluie, livrés au soleil.
Le spectacle lui a rappelé celui de Lam où onze toits de salles de classe arrachés par le vent exposaient déjà, avec cruauté, la fragilité des infrastructures scolaires. À quelques jours de la rentrée, l’Administrateur civil principal a flairé l’urgence.

Tam Likeng n’a pas gardé ce constat pour lui. À la CIMFIG, cimenterie installée dans l’arrondissement et dont il a visité l’usine, il a martelé la nécessité d’une responsabilité sociale encore plus assumée, appelant l’entreprise à transformer davantage le ciment qu’elle extrait en salles de classe solides pour la communauté éducative.
« Tout en vous remerciant pour les efforts que vous faites dans ce sens, notamment avec l’octroi de fournitures scolaires et même la construction des salles dont vous faisiez mention, nous vous exhortons à ne pas fermer les oreilles aux cris de ces enfants qui sont les nôtres », a-t-il conclu à l’intention des responsables de CIMFIG.

Même doléance portée auprès de Chaux Roca, l’exploitant de marbre, dont les blocs blancs ornent les marchés de partout mais laissent encore les écoles locales et les institutions à découvert.

Mais Figuil n’est pas seulement un territoire d’usines et de doléances. C’est aussi une circonscription appelée à écrire une page nationale. Le Préfet l’a rappelé comme pour compléter sa visite aux locaux d’ELECAM :
« Le 12 octobre 2025, les Camerounais iront aux urnes pour choisir leur président. Ici, à Figuil, j’invite chaque citoyen à accomplir ce geste dans la paix, la responsabilité et la dignité. »

Le Préfet est averti. Il sait que dans cette zone, une mauvaise gestion des ressources alimentaires peut conduire à l’irréparable. Il a ainsi invité les uns et les autres à penser à faire des réserves, mais mieux, à se mettre ensemble dans des GIC et à se faire encadrer par les techniciens du MINADER pour avoir une activité agricole viable.
Toujours sur le plan social, le patron du Mayo-Louti a invité les parents à donner une existence juridique à leurs enfants en leur faisant établir des actes de naissance.

De ce voyage, il reste l’image d’un Préfet au pas ferme mais au regard grave. Il a pris le pouls d’un arrondissement qui attend que ses richesses cessent de filer entre ses doigts. Figuil, avec ses mines et ses silences, a parlé. Tam Likeng a écouté. Le temps dira maintenant si ces doléances se transformeront en actes.
Preston Kambou
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