Réseaux sociaux ou nouvel opium: Traits de liberté de Paul Monthe

Le bédéiste et caricaturiste Paul Monthe m’a laissé une caricature dans mon ib WhatsApp. Je l’ai vue, hier nuit. Mais je n’ai pas vraiment pris le temps de l’analyser. J’ai laissé un pouce rapide. Comme on le fait tous désormais. Il fallait répondre, je l’ai fait comme ces automates que nous devenons chaque jour un peu plus sous la d!ctature des écrans.

J’ai envoyé un sticker, pas plus. Et ce matin, levé tôt et incapable de poursuivre ma besogne à cause d’une autre coupure d’ENEO, j’ai dû me plonger dans mon téléphone pour finalement comprendre combien j’avais été superficiel au premier abord. J’ai eu tort de ne lever qu’un pouce minable, de n’envoyer qu’un sticker, de faire comme on fait désormais quoi!

En prenant le temps de scruter l’image et en repensant à mon attitude, je m’aperçois à quel point notre monde nous transforme chaque jour en des êtres absents , certes très connectés, mais trop déconnectés du réel, trop insensibles et vides !

Voilà que ce n’est que là, maintenant que je vais au-delà du simple texte écrit « LE TOUR-CI, C’EST VRAI-VRAI LE DERNIER FILON. APRÈS JE COMMENCE MA JOURNÉE ». C’est maintenant que je commence à percevoir la subtilité du message.

L’image dans sa composition me scandalise tellement elle est profonde.
Le torse-nu, le tricot balancé au hasard sur le dossier du fauteuil comme s’il l’avait ôté dans l’urgence, un jeune homme dans une posture dangereuse pour sa propre forme physique, se shoote à une gamme complète de « psychotropes », une gamme de
substances chimiques agissant sur son système nerveux central pour modifier ses sensations, son humeur, sa conscience ou son comportement tout en altérant les processus biochimiques de son cerveau.

Et ces psychotropes, Paul Monthe les nomme. Ce sont : X, Facebook, WhatsApp, ABC et une longue suite que l’image coupe comme pour rendre l’inexhaustivité de la chaîne ou suggérer, de manière subtile, l’urgence d’un sevrage thérapeutique.

Si l’image présente de la poudre et un homme qui la snife, ce n’est au final qu’une belle métaphore de notre réalité. Nous sommes accrochés à des chaînes, compilées dans cette petite boîte lumineuse qu’on appelle le Smart Phone.

L’attrait de la boîte est tel que nous en avons développé une addiction : « LE TOUR-CI, C’EST VRAI-VRAI LE DERNIER FILON. APRÈS JE COMMENCE MA JOURNÉE ».
Nous sommes pour ainsi dire incapables de nous en débrancher. Et même s’il semblerait brutal de le dire, nous sommes devenus des êtres sans substance qui, à l’exemple des personnages du nouveau roman, ont perdu leur autodétermination et la capacité proprement humaine de se projeter en dehors des codes d’un téléphone intelligent et d’une connectivité.

L’homme devient ainsi esclave. Soumis à la dictature du meta, balloté comme une feuille au gré de la fluctuation du réseau.
On se perd, on perd du temps, on bâcle les tâches à nous confiées préférant être disponible pour un direct, premier a commenter ou partager un buzz, ne pas perdre le fil d’un scroll.

Et le message du personnage est fort, interpellateur. Dans sa formulation: « LE TOUR-CI, C’EST VRAI-VRAI LE DERNIER FILON. APRÈS JE COMMENCE MA JOURNÉE », on perçoit un ancrage social : le Cameroun. Mais il y a mieux : une difficulté à tenir parole, à respecter un planning une fois que l’on est sous l’effet des réseaux sociaux: » « LE TOUR-CI, C’EST VRAI-VRAI DERNIER FILON. » Ceci introduit une constance de l’inconstance. Un peu comme si l’artiste avait voulu nous faire comprendre qu’une fois sous l’effet des réseaux sociaux, le sujet développe tout à la fois de la versatilité, de la légèreté et de l’instabilité.

Notre société va en sucettes face à cet adversaire silencieux. La caricature pose donc la question centrale de : Comment arrête-t-on la descente aux enfers ?

Preston Kambou

Nous contacter au +237695521762

Ensemble, pensons une nouvelle humanité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *