Entre mots et couleurs, une immersion dans l’art de Fotale

Foguieng Talélé Erick, connu dans le monde artistique sous le pseudonyme de Fotale, est né en 1993 à Bafoussam à l’ouest Cameroun.
C’est dans cette ville qu’il grandit au sein d’une famille polygamique dont il est le benjamin d’une fratrie de sept enfants.

Après ses études primaires, il réussit le concours d’entrée au lycée de Ndiendam à Bafoussam. Parallèlement à son cursus scolaire, il fréquente les ateliers de son grand frère, l’artiste plasticien Tatgedes, nourrissant ainsi une curiosité précoce pour les arts plastiques.
En 2011, l’échec au probatoire série D le plonge dans un profond traumatisme qui l’éloigne temporairement du parcours scolaire classique. Durant cette période charnière (2011–2012), il s’investit davantage dans les ateliers de Tatgedes, qui décèle en lui une véritable passion artistique. Son rapport à l’art, notamment à la poésie, remonte toutefois à 2005, année où sa mère perd l’usage de la parole à la suite d’un long coma. Les mots deviennent alors pour lui un espace intime de dialogue, un moyen symbolique de communiquer avec elle.

En 2014, après l’obtention de son baccalauréat, sa mère disparaît durant une semaine sans nouvelles. Elle sera retrouvée in extremis au bord d’une rivière un mardi soir. L’événement, pour le moins mystérieux, marque profondément le jeune artiste. Il s’enferme alors dans sa chambre et rédige un long poème inédit intitulé Mardi nuit, poème annonciateur d’une semaine de nuits sans jours.
Malgré ce choc émotionnel qui menace son projet académique, Fotale dépose son dossier de justesse et intègre par concours l’Institut des Beaux-Arts de Foumban (IBAF) en 2014. C’est le véritable point de départ de sa trajectoire artistique.

Un hommage de l’artiste à sa mère

En 2017, il obtient une licence en arts plastiques, option dessin-peinture. Son mémoire, intitulé « Création artistique comme moyen thérapeutique pour les maladies mentales en contexte camerounais », pose les bases d’une réflexion qui irrigue encore aujourd’hui l’ensemble de son œuvre : l’art comme espace de guérison.

Il entre véritablement sur la scène artistique en 2021 avec l’exposition « La Nuit des Idées » à Bandjoun Station, organisée par l’Institut Français du Cameroun. Son goût prononcé pour l’écriture le conduit à intégrer la compagnie Feugham, dirigée par l’un de ses maîtres et icônes, Kouam Tawa.

En 2022, il présente avec Lydie Danielle Ngnyndon un duo à Bolo Espace intitulé « Rémission », exposition mettant en exergue le caractère thérapeutique de leurs œuvres respectives. La même année, Fotale est lauréat Arts visuels du Prix Concours Goethe Découverte 2022, distinction qui lui vaut une exposition individuelle au Centre International pour le Patrimoine Culturel et Artistique (CIPCA). Intitulée Épilogue, cette exposition rend hommage à sa mère, muse fondatrice de sa démarche artistique. C’est durant la création de cette série qu’il affine, aux côtés du plasticien et poète Hervé Yamguen, un vocabulaire plastique singulier et éloquent.
Son travail vise à donner la parole aux sans-voix, en particulier aux femmes, dans un univers qu’il qualifie de chromatico-poétique spiralé.

En 2023, il publie aux éditions TIG son premier recueil de poèmes, « Labyrinthe d’une décennie », une traversée critique de la société contemporaine sur dix années.
En 2024, son travail est présenté en Angola, en France et aux États-Unis, marquant une ouverture internationale significative.

Il a obtenu en ce début d’année 2026 une bourse du plasticien Barthélémy Toguo dans le cadre de la résidence croisée MoCo-Esba / École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier – Bandjoun Station, Fotale développe une nouvelle série interrogeant les rapports interhumains à travers le prisme de la polygynie dans la société contemporaine. Il y explore les tensions invisibles, les rivalités, les silences et les blessures enfouies derrière les visages des membres des familles polygamiques, dénonçant la haine, la jalousie et les conflits larvés qui peuvent en découler.

Originaire de l’Ouest du Cameroun, Fotale ambitionne de poursuivre ses recherches dans d’autres pays africains et au-delà, afin de s’imprégner des réalités des familles polygamiques à travers le monde et d’en proposer une lecture artistique plus large et universelle.

Preston Kambou

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