Quand la France tire sur ses libérateurs

Des photos en noir et blanc renvoient au souvenir douloureux et sanglant de la guerre des tranchées. Chaque jour, on y revit le film des échanges de tirs, un officier que la couleur de peau rabat au rang de subalterne, un camp de transit qui deviendra le fourneau où crameront des tirailleurs embarqués dans un combat qui n’était pas, et ne sera jamais, le leur. Des paroles en l’air, le visage du racisme et de toutes les formes d’injustice.Ainsi pourrait se résumer, de manière synthétique, Le Camp de Thiaroye, long métrage de 153 minutes réalisé par Sembène Ousmane et Thierno Faty Sow en 1988. Ce film, entièrement tourné au Sénégal, porte à l’écran des faits graves de l’histoire : ceux d’une relation viciée entre les colonies de l’AEF et une France dont les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.C’est une histoire de guerre mondiale — la deuxième — où des Africains ont été mobilisés pour défendre une France dont l’ingratitude, la condescendance et la mauvaise foi sont à la hauteur du sacrifice exigé.L’attente et l’humiliationEn 1944, un bataillon de tirailleurs est parqué au camp de transit de Thiaroye, en banlieue de Dakar. Ils attendent leur démobilisation, leur pécule et, surtout, une reconnaissance de la France pour le service rendu.Ils se sont battus, ont aidé à libérer le pays de l’occupation nazie, mais sont désormais de moins en moins enclins à accepter l’inégalité de traitement.Dans ce camp, qui sera leur dernière demeure, les tirailleurs sont abandonnés à eux-mêmes. Leur ration alimentaire — haricots, patates, riz tourné — est indigne ; « un cochon n’en prendrait pas même en pleine disette », pourrait-on dire. Pendant ce temps, les Blancs, eux, mangent à leur faim. Les tirailleurs sont traités comme des sous-hommes, exposés à tous les dangers, y compris ceux du racisme ordinaire.Le cas du sergent Aloys Diatta : intellectuel noir et cible facileParmi eux, le sergent-chef Diatta, incarné par SANE Ibrahim, se distingue : il parle anglais et français, écoute de la musique classique, a épousé une Française avec qui il a un enfant. Pourtant, cette élévation sociale ne le protège pas. Il est agressé par des soldats américains racistes sans que sa hiérarchie n’intervienne. Ce sont ses camarades, et eux seuls, qui organisent sa libération.À travers lui, le film donne un visage à l’intellectuel noir colonisé : instruit, discipliné, intégré — et pourtant toujours considéré comme inférieur. La France coloniale, insensible à la douleur du « Nègre », ne peut ou ne veut lui reconnaître sa pleine humanité.Il sera carbonisé avec les autres dans les flammes de l’ingratitude, enfourné au camp de Thiaroye

Preston Kambou

La plume du peuple

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Le camp de Thiaroye n'est pas qu'un film, c'est un devoir de mémoire, une invite à la réflexion sur des réalités qui existent et que tous fo t semblant de ne pas voir.

Un portrait de profil d’une femme portant un pull à col roulé ocre et un sac blanc. Elle regarde en l’air et ferme les yeux.

« Contribuer me donne l’impression d’être utile à la planète »

— Anna Wong, Bénévole

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