
Chez les Guidar, à Biou dans l’arrondissement de Figuil, la danse Guma occupe une place incontournable dans les grands rendez-vous culturels. Son déploiement est toujours un spectacle, tant elle brave les interdits dube société qui se veut « moderne ». C’est une pratique ancestrale, souvent mal comprise qui oscille aujourd’hui entre fascination et incompréhension.
Vue de loin, la chorégraphie peut heurter : desjeunes filles, le torse nu, exécutent des pas rituels hérités d’une tradition qui, à l’origine déployait des danseuses vêtues d’un simple cache-sexe. D’aucuns y voient un spectacle avilissant, « déshonorant » diront certains visiteurs trop pressés de juger. Derrière l’apparence quelconque cependant, se cache une symbolique profonde, une mémoire aussi.
Le Guma est avant tout une célébration de la virginité, un rappel de la sacralité du corps et de la sexualité, conçue non comme simple plaisir mais comme vecteur de procréation et de continuité de la lignée. Jadis, il accompagnait les grands moments de la vie : récoltes, funérailles, naissance de jumeaux. Il est aussi lié aux rituels d’initiation des jumeaux, ce qui en fait une danse sacrée, porteuse d’identité et de mémoire.

jUne autre version, moins répandue, voue au Guma le rôle d’une danse de diversion. » Pendant la présence allemande, les locaux imaginèrent le Guma pour distraire leurs bourreaux afin de d’épargner certains sévices ». L’histoire toutefois fait mentir cette version en présentant les effets des travaux forcés sur les natifs dont beaucoup durent s’exiler au Tchad où ils sont toujours.

L’histoire mérite d’être mieux éclairée. Mais retenons déjà qu’aujourd’hui, l’initiation à la danse Guma s’est ouverte et les puristes redoutent le risque que son essence se dilue face aux regards extérieurs et aux évolutions sociétales. Clarifier sa signification, c’est donc préserver un pan essentiel du patrimoine immatériel des Guidar — un patrimoine qui, plus qu’un simple spectacle, demeure une clé de lecture d’un peuple et de son rapport au monde.
Preston Kambou
Journaliste culturel, Ambassadeur du patrimoine matériel et immatériel délaissé
Contact +237695521762






Jean Marc ANDA
Merci beaucoup pour cet article
Preston Kambou
Je t’en prie mon frère. Explorons aujourd’hui pour aider l’histoire à se réécrire suivant la vérité des faits et non la fantaisie des fantasmes.