
À 7 kilomètres au sud de Kribi, dans le département de l’Océan, se trouve un joyau naturel rare au monde : les chutes de la Lobé. Ici, les eaux du fleuve Lobé se jettent directement dans l’océan Atlantique, créant un spectacle à couper le souffle. C’est l’un des symboles touristiques les plus emblématiques du Cameroun… mais aussi l’un des plus négligés.
Nous avons choisi de nous y rendre à pied. Un choix motivé par l’envie de s’imprégner du décor, de s’oxygéner, et de voir Kribi autrement. Le chemin est calme, presque désert. Carrefour Kingue, Instagram , Jouvence, Le conteneur, carrefour de la poste, pont sur la Kenke et nous prenons à gauche. Quelques élèves en tenue défilent avec leurs enseignants, répètent pour la fête de l’unité, suivent ou boycottent le mouvement. Après Ebume,nous atteignons Bwambe. Un nom que je retiendrai particulièrement : un lac, juste en bord de route sombre, oublié. C’est site magnifique, mais laissé à l’abandon.Un peu plus loin, une source d’eau naturelle, aménagée par les riverains eux-mêmes, nous offre une pause bienvenue. L’eau y est claire, vivifiante, un contraste frappant avec l’indifférence apparente des autorités. Le paysage commence à changer : des cocotiers aux fruits jaunes bordent le sentier. On sent qu’on approche d’un endroit spécial. Après plus de deux heures de marche qui se sont passées très bien en raison de la bonne compagnie, une plaque annonce enfin les chutes. L’entrée est là qui nous accueille, nous appelle.

Mais avant d’y aller, détour par le pont. Large, mais un détail en flétrit l’allure. Sur une bonne distance, le côté gauche des garde-fous endommagés par un accident n’a jamais été réparé. Il expose chaque jour piétons et véhicules à un danger permanent. Pourtant, la vie continue : à gauche, un petit débarcadère ; à droite, un couple de sableurs s’active. Torse-nu, le plongeur défit la résistance des eaux et plonge à répétition pour en extraire du sable.

Puis, cap sur les chutes. À l’entrée, une statue de sirène sculptée dans le sable accueille les visiteurs. Pour une photo, il faut payer 500 francs CFA: un écriteau bien mis en exergue vous l’annonce. Un pont de fortune — don du BIR — permet d’accéder à la plage. Lui aussi souffre du manque d’entretien : le sel de mer a déjà rongé les fers de soutien. Bonas le Graft qui s’y connait en peinture me dit qu’il aurait suffi d’une peinture régulière, pour éviter cela.Nous arrivons un jour calme. Le plage est presque déserte. Quelques enfants jouent sur la plage, des touristes Chinois prennent des photos. Nous rencontrons Balèz Ibrahim, artiste centrafricain installé ici depuis 20 ans. Il nous confie sa désillusion. « Les touristes ne viennent plus. Les routes sont trop mauvaises. Je passe parfois un mois sans vendre une seule toile. Alors qu’avant, les gens sollicitaient même les œuvres encore sur le chevalet. »

Balèz s’est reconverti dans l’agriculture pour survivre. Le manioc et le plantain lui permettent de tenir.Autour de son atelier, des traces d’un incendie témoignent d’un événement mystérieux. Des boutiques calcinées, abandonnées. Personne ne sait exactement ce qui s’est passé. Depuis, l’endroit semble figé dans le temps. Les tenanciers qui déjà ne se plaisaient plus dans leur activité, ont tous mis la clé sous le paillasson. C’est dur, très dur même selon Balez. » Si tu comptes sur l’art tu peux mourir jusqu’à on t’enterre. » Scande -t-il comme un SOS.

Au loin, les chutes grondent, puissantes. Leurs eaux, sombres et blanchâtres, descendent les rochers avant de se fondre dans l’océan, contournant une langue de sable et de végétation comme si elles livraient un dernier combat. Sur la plage, quelques pirogues attendent les pêcheurs. L’air marin rafraîchit la peau, invite à la contemplation.

Ce lieu est magnifique. Mais il souffre. Il souffre du manque d’entretien, d’infrastructures, de promotion. Il attend, en silence, qu’on lui redonne vie. Les chutes de la Lobé ne manquent pas de charme, elles manquent juste d’attention.




