Non,on ne lapide pas l’oiseau qui chante son malheur

Le théâtre de Kouam Tawa ne cesse d’oser des voyages et de provoquer des rencontres. Des traversées pensées comme des espaces de mise en lumière des questions fondamentales que soulève aujourd’hui la réception des codes anciens, mais aussi comme un lieu de réflexion sur la possibilité de mettre différentes cultures en dialogue. C’est le cas de sa nouvelle pièce, le monologue On ne lapide pas l’oiseau, dont le public de Bafoussam a eu l’honneur de découvrir la première ce 12 Mai 2026 au La’akam ( Laboratoire Artistique du Kamer).

Dans une salle du La’akam comble, une scène attend : un piano, une guitare, une chaise, le sol jonché de feuilles d’arbres, une lumière tamisée. À l’ouverture arrive un musicien. Il marche à tâtons, comme s’il fallait d’emblée embarquer le public dans l’aventure profondément incertaine qui sera celle du personnage sans nom de la suite.

Les premières notes du musicien disent déjà le poids de sa vie. Il est malvoyant. Mais la cécité physique semble peu de chose face à l’opacité de son existence. Ainsi qu’il le chante, il cherche « cette étoile » et « ce chemin ». Un chapeau posé au sol laisse deviner une autre difficulté : trouver sa pitance.

Ce lieu, anodin à première vue, est un parc en France, espace où chacun vient tenter d’alléger le trop-plein d’une vie qui étouffe.
Le chant annonce alors l’arrivée du personnage sans nom chargé de transmettre au public le message de « LA VOIX ».
« On me dit de vous dire que… » : c’est ainsi qu’il s’annonce, non sans s’être confondu en excuses.
Le dilemme de la pièce est là : comment transmettre la parole de l’oracle à un peuple dont la science semble être devenue l’unique croyance ?
On ne lapide pas l’oiseau de Kouam Tawa plonge le spectateur dans les dédales de ce choc culturel. Entre conte et poésie, l’œuvre s’attaque avec subtilité aux maux du quotidien sans jamais sombrer dans la moralisation. Défilent alors la pauvreté, la corruption, les conflits entre croyances ancestrales, églises de réveil, charlatanisme et cartésianisme.
Le personnage doit trouver, dans cette France cartésienne, comment transmettre un message auquel personne ne semble préparé. Comment ne pas être lapidé lorsqu’on est un oiseau venu d’Afrique chanter son malheur au cœur d’une Europe qui ne croit qu’à la toute-puissance du rationalisme ?
Le spectacle, résultat dun travail de mise en scène de Kouam Tawa, Jeu de Roscar Kemdjo, Scénographie de Rosine Nkem , Lumière de Roch-Amedet Banzouzi, musique d’Abraham Neri Kwemy et costumes de Mireille Koudja propose sa réponse.
Pour la découvrir, rendez-vous à OTHNI, à Yaoundé, le 16 Mai 2026.

Preston Kambou

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