
La côture du CCN Tour 2025, le 6 décembre dernier au Centre International pour le Patrimoine Culturel et Artistique (CIPCA), a offert bien plus qu’une simple soirée de restitution. Elle a rappelé, avec une intensité rare, que l’art demeure l’un des derniers espaces capables d’éclairer nos zones d’ombre et de raviver ce feu intérieur que le quotidien tend à éteindre. Et pour que ce rempart jamais ne cède, le CCN est apparu comme le booster d’excellence idoine.

Un réseau qui s’affirme comme outil de structuration
Depuis sa création en 2021, le Cameroonian Cultural Network s’impose progressivement comme une plateforme solide dédiée à la mobilité artistique et à la professionnalisation du secteur culturel.
L’édition 2025, soutenue à hauteur de 71 000 € par l’Union européenne et ses partenaires de la Team Europe, a permis à dix artistes camerounais émergents de traverser plusieurs régions du Cameroun, créant des ponts nécessaires entre territoires, pratiques et publics.
La présence d’acteurs institutionnels majeurs ( CIPCA, CLAC, Goethe-Institut Kamerun, Institut français du Cameroun, Ambassade d’Espagne ) témoigne d’une volonté collective : penser un écosystème où les artistes camerounais circulent, se forment et accèdent à des conditions de création plus viables.
Des artistes en scène pour une mosaïque d’expressions
Le plateau artistique du CCN Tour 2025 s’est révélé être un échantillon significatif de la création contemporaine au Cameroun. Les 10 sélectionnés, uniques et créatifs, sont aujourd’hui un échantillon prometteur de cet art camerounais qui sait porter les couleurs nationales au plus haut niveau. Ce sont : Cie Tchina et Emmanuel Barka en danse; Regartless et Sassayée au Théâtre; Nda Chi et Julie Benito en musique; Debora Yawdam Debo et Darius Dada en arts visuels ; Love and Laugh et Mottanni en Arts déclamatoires.
Sur le podium de la soirée de clôture, mes quelques artistes retenus ( beaucoup d’autres n’ont pu faire le déplacement en raison des sollicitations artistiques Internationales) ont donné du leur pour le grand plaisir d’un public captivé, présent, embarqué.

Chaque artiste, à sa manière, a offert une forme de condensé esthétique de son univers :
Mottanni a su transposer les blessures de la guerre dans un récit fort et coloré comme du Toghu qu’il portait ; Love and Laugh a utilisé l’humour pour affronter les crises postcoloniales ; Grimo réactivant la mémoire forestière a su éclairer les responsabilités d’une tradition en perte d’élan, exposer un société où dans le village, le vieillard tend à la Jeunesse un flambeau éteint par mille tares entretenues par ses soins.

Au-delà de la diversité disciplinaire, la force de la scène a residé dans sa capacité à faire émerger une émotion dense, porteuse d’un geste collectif : celui de redire ce qui tient un pays debout, même dans ses failles.
L’exposition “Quand les Benskineurs attaquent” : un renversement de perspective
Parmi les propositions visuelles, l’installation de Darius Dada autour des benskineurs a constitué un moment clé.
Loin des représentations stigmatisantes qui les réduisent souvent à des figures du désordre urbain, l’œuvre interroge la place de ces conducteurs de moto dans la dynamique sociale : agents de rééquilibrage, intermédiaires entre mobilité et survie, témoins d’un quotidien que l’art recompose pour mieux le rendre intelligible.
Ce renversement de regard, opéré par le cadrage et la scénographie, rappelle combien l’art peut repositionner des acteurs invisibilisés au cœur du récit social.

Un moment où les institutions observent, écoutent et se réajustent
La clôture du CCN Tour 2025 a aussi consisté en une conférence de presse permettant aux institutions de présenter les acquis, les limites et les perspectives du programme. Avec Madame Fabiola Écot (CIPCA), Charles Kamdem (CLAC ), Thekla Worch-Ambra (Goethe-Institut Kamerun ), S.E. Jean Marc Châtaigner (Union européenne au Cameroun), Stéphane Leclerc (Institut français du Cameroun) ou encore l’ Ambassadeur d’Espagne au Cameroun , une même voix s’est élevée : celle de la volonté conjointe de donner aux artistes locaux des conditions d’une véritable mobilité et d’un écosystème viable.
Le maintien jusqu’aux derniers instants du directeur de l’Institut français — fait suffisamment rare pour être noté — souligne à quel point les propositions artistiques de la soirée ont retenu l’attention, non comme simple divertissement, mais comme matière à réflexion et à engagement.
Gratitude et continuité
Le réseau a profité de la soirée pour saluer les centres partenaires : Bandjoun Station, doual’art, les Instituts français, et bien d’autres structures qui, par leur action, contribuent à la vitalité du CCN.
Au CIPCA, l’art a d’abord touché les cœurs avant d’entraîner les corps. La soirée marquait une clôture. Et pourtant, tout semblait recommencer — comme si le cercle ne se refermait que pour mieux s’ouvrir vers une élévation nouvelle.
Preston Kambou
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