GILBERT DOHO: Du théâtre pour libérer les masses de la misère intellectuelle

Gibert Doho est mort le 20 décembre 2023 à Cleveland, Ohio aux Etats Unis.
Dramaturge et chercheur bien connu, Gilbert Doho est né en 1954 à Fu’nda, village de l’arrondissement de Mbouda, département des Bamboutos dans la région de l’ouest Cameroun.

Il n’a que six ans, quand il souffre d’un traumatisme à la suite du massacre des Bamiléké par des soldats français ; son père en est mort sous ses yeux. Cet événement aura marqué sa vie et sa carrière. Devenu adulte, Doho a su canaliser sa colère dans des projets de théâtre tout à fait positifs.

Il a écrit plusieurs pièces, dont Zintgraff and the Battle of Mankon (en collaboration avec Bole Butake, 1998, réédition en 2022), Noces de Cendres (Wedlock of Ashes, 1996), et Le Crâne (The Skull, 1995).

Gilbert Doho était aussi chercheur et professeur, et il a fondé le département de théâtre à l’Université de Yaoundé I dans les années 1990. Ayant mis en scène des pièces critiques à l’égard du gouvernement et du président camerounais, il s’est exilé aux Etats-Unis grâce à une bourse Fulbright. Il a enseigné d’abord à l’Université de l’État de New York à Albany puis il est devenu professeur titulaire à Cleveland. Il est souvent rentré au Cameroun pour faire des recherches et pour organiser des ateliers de théâtre sur place. Ses livres sur le théâtre des masses et ses ateliers lui avaient valu d’être connu et respecté dans le monde entier. Parmi ses ouvrages et écrits critiques figurent : Théâtre populaire et réappropriation du pouvoir au Cameroun (2002), une version actualisée en anglais qui s’intitule People Theater and Grassroots Empowerment in Cameroon (2007), de nombreux essais et une contribution importante à l’ouvrage The World Encyclopedia of Contemporary Theatre Volume 3: Africa (Routledge, 1997).

Dans son livre, People Theater and Grassroots Empowerment in Cameroon, Doho a remis en cause la notion de théâtre camerounais trop élitiste parce que trop peu de personnes étaient engagés, un théâtre « loin des espaces populaires dans des espaces hérités de la colonisation » – dans les amphithéâtres des universités par exemple. Pour Gilbert Doho, le dramaturge du théâtre élitiste jouit des gains au détriment direct des masses qu’il prétend représenter (Doho 21). Gilbert Doho faisait souvent des études comparées entre le théâtre élitiste et le théâtre des masses ; ce dernier est joué dans les lieux publics et dans les langues locales. Doho a bien défini le théâtre des masses : « Un théâtre du peuple , par le peuple et pour le peuple ». Si ce type de théâtre est sans doute le plus populaire et le plus authentique au Cameroun, il ne bénéficie manifestement pas de l’attention qu’il mérite, ni au niveau national ni au niveau international. Néanmoins, le théâtre des masses a commencé à gagner en popularité au milieu des années 1980 et, selon Doho, ses racines se trouvent dans le « Kumba Workshop Project » qui a été créé à la suite du colloque international Murewa en 1983 au Zimbabwe. Dans son livre, Doho fait la distinction entre « le théâtre des masses » et « le théâtre populaire », ce dernier étant « confisqué par les intellectuels alors que le pouvoir central était détenu par une poignée d’individus travaillant pour le monde extérieur » . Pour Doho, le théâtre des masses est caractérisé par certaines conditions : la « communication pour le développement » (Doho 2) et « l’éducation et l’autonomisation » . Doho a constaté que « Les objectifs [du Théâtre des Masses] peuvent varier quelque peu, mais ses intentions sont toujours les mêmes : sortir les personnes défavorisées des zones rurales et des bidonvilles de la misère intellectuelle, morale et physique ; les aider à prendre leur destin en main et à participer à l’élection de leurs représentants et à la gestion de leur pays ».

Article compte rendu de Cameroun tribune sur la représentation de Noces de cendres

Sa pièce Noces de cendres a été représentée au Centre Culturel Camerounais en ce début du mois de février, sous une mise en scène de l’un de ses étudiants, le Pr Tami Yoba. On notera que dans la même veine, le Pr Cheryl Toman dirige un ouvrage collectif dont l’appel à candidature a expiré ce 1er février 2026. Ce numéro spécial invite des spécialistes ainsi que des artistes et des acteurs à proposer des essais et des perspectives qui explorent les différents aspects de la carrière de Gilbert Doho, depuis la notion de théâtre des masses et ses implications pour la société jusqu’à l’analyse de ses pièces. Nous acceptons également des analyses comparatives des pièces de Doho et celles écrites par d’autres dramaturges d’Afrique centrale ainsi que des essais sur le théâtre africain qui emploient les approches théoriques développées par Doho.

Preston Kambou

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