
Au sous-sol de Bandjoun Station ce samedi 21 décembre 2024, de jeunes artistes plasticiens sélectionnés à l’issue d’un appel à candidature conjoint Bandjoun Station- African culture fund, sont à l’écoute d’autres artistes chevronnés cette fois, dans un exercice dont le nom en dit long : boot camp.
Le terme boot camp qui désigne à l’origine l’entraînement intensif réservé aux jeunes recrues de la marine américaine, suffit à planter le plus solidement le décor. Quoiqu’ici ni rangers ni treillis ne soient visibles, la qualité des personnages dans le rôle de conseillers est frappante. À la vérité, le seul fait de regrouper ces grandes figures de l’art contemporain dans une même activité et au même endroit, est déjà le premier mérite de l’exercice.
Trois virtuoses de l’art plastique sur une mission de transmission
Le Voit camp regroupe Barthélémy Toguo du Cameroun, diplômé des beaux-arts d’Abidjan en Côte d’Ivoire, de l’École supérieure d’art de Grenoble en France et de l’académie des beaux-arts de Düsseldorf en Allemagne. Toguo justifie d’une carrière internationale parmi les plus florissantes, s’exprime aussi bien par la vidéo, la gravure, la photo, la peinture, le dessin et la sculpture, que par l’installation et la performance.
À côté de lui, Ky Siriki du Burkina Faso est un sculpteur, diplômé des beaux-arts de la Côte d’Ivoire et créateur du symposium de sculpture de Laongo (Mali), une sorte de foire mondiale de la sculpture qui dure depuis 1989, soit 35 ans aujourd’hui.
Le trio des doyens est bouclé par Abdoulaye Konaté du Mali. Diplômé de l’Institut National des Arts de Bamako, et de l’institut Supérieur des Arts de La Havane (Cuba). Il est l’intelligence derrière le Conservatoire National des Arts et Métiers Multimédia de Bamako au Mali où il a expérimenté de nouvelles pédagogies inédites en Afrique. Il s’exprime par la tapisserie, la confection, la peinture et la sculpture, avec une préférence pour le tissu, et puise son inspiration tant dans les spiritualités africaines que dans l’actualité mondiale.

Ces trois ont en commun une passion débordante pour la transmission et un désir unique de passer le flambeau en semant des graines sur tout le continent. Ils condamnent tous des politiques Culturelles laxistes en Afrique, mais plutôt que de maudire l’obscurité, ils ont décidé d’allumer des bougies.

Une pont vers l’avenir
À côté de ce trio de virtuoses d’un cercle réservé, Alioum Moussa, l’autodidacte parfait, s’insère comme l’artiste que l’on ne peut cataloguer. Touchant à tout dans le monde de l’art , il voit en chaque discipline artistique un outil qu’il convoque pour s’en servir comme moyen afin d’exprimer au monde ce qu’il pense. Il s’impose pour cela, et sûrement sans le savoir ni le revendiquer, comme le pont parfait pour une traversée assurée vers une génération plus jeune, qu’Alida Ymele dont l’univers artistique questionne les injustices permanentes subies par les femmes de ménage, sans qu’elle ne pense être « une féministe à outrance », et Roméo Temwa qui a campé son art sur les mécanismes de manipulation à travers les médias et à travers le Tryptique de désinformation, de sur information et de reconfirmation, travaille comme un veilleur de consciences représentent valablement. Ces deux derniers incarnent bien le proverbe africain rendu célèbre par Chinua Achebe qui dit que quand un enfant a appris à se laver convenablement les mains, il a désormais le droit de manger à table avec les aînés.

Ne déchire pas la toile humaine en peignant tes toiles
De Toguo à Temwa, en passant par Ky Siriki, Konaté, Ymele et Moussa, les parcours aussi différents, périlleux qu’ uniques s’harmonisent quelque part : dans le désir d’humanité, dans l’importance du travail acharné, dans la passion du don et du don de soi, dans l’abnégation encore plus que dans la suprématie du talent. Barthélémy Toguo qui prend l’avion pour la Côte d’Ivoire avec 300 francs d’Afrique centrale ( monnaie inutilisable en Côte d’Ivoire) en poche, pense que c’est son honnêteté et sa sincérité qui mettent finalement Ngosso Moukoko Roger, son bienfaiteur, sur son chemin pour lui permettre de réaliser son rêve de faire l’école des beaux-arts dans un pays qu’il ne connaît pas à l’époque.
C’est aussi cette honnêteté qui le protège des foudres de la rue et l’amène à faire communauté avec des Burkinabè rencontrés pendant cette époque. Ce parcours rappelle aux jeunes, et pour reprendre Coelho Paulo, que « Quand on veut une chose, tout l’Univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve. » Encore faut-il être vrai, sincère et honnête.
Du côté d’Abdoulaye Konaté, on s’aperçoit que rien ne fut donné. Il raconte qu’il a dû quitter son Mali natal où, bien que fonctionnaire ( il gagne 34000frs tout juste), il devait encore se débrouiller en faisant des plaques publicitaires pour vivre sa passion, pour se rendre en Côte d’Ivoire, point central de l’émergence culturelle de l’heure, afin d’y trouver un espace d’exposition. Il la trouve, une galerie notamment qui malheureusement le dupe par la suite. Une anecdote dont le but est d’attirer l’attention des jeunes sur les réalités du milieu de l’art et les inviter à mieux se cultiver sur les réalités de leur domaine, et se protéger, sans toutefois se décourager car « L’heure la plus sombre est toujours celle avant le lever du soleil. «
Les doyens lors de ce Boot Camp évoquent aussi les questions de droits d’auteurs en partant de la falsification de leurs propres œuvres. Ils proposent alors que les artistes s’inscrivent à l’ADAGP , une société des droits d’auteurs qui garantit aux auteurs des arts visuels le respect de leurs droits d’auteur et leur assure de percevoir une juste rémunération en contrepartie de l’exploitation de leurs œuvres.
Les difficultés sont aussi celles de Ky Siriki qui en a bavé à cause de son style d’art, la sculpture (sur bronze, sur pierre…), onéreuse dans la production et incomprise au départ, celles d’Alida Ymele, orpheline et femme, obligée à un moment de dormir sur un bout de matelas à côté d’autres apprentis garçons dans l’atelier de David Nkot pour réaliser son rêve.

L’expérience d’Alioum Moussa n’en est pas moins difficile. Lui qui est orphelin lui aussi et dont le désir de faire corps avec lui-même a souvent fait de lui un marginal.Il a connu un moment où il était incapable de payer son loyer. Mais même jusque là, il n’a pas prostitué son art car pour lui, même si l’on est désormais dans un monde acquis au matériel, l’artiste ne peut qu’être spirituel car c’est en étant spirituel qu’il crée des œuvres qui parlent à l’âme et suscite des questionnements.
L’art pour faire douter des certitudes ?
De toutes les interventions à cette première journée du Boot Camp 5, il ressort que l’artiste dout être humble, savoir tisser la toile humaine en peignant ses toiles car on se hisse aussi bien par rapport à son travail que par rapport au rapport qu’on a avec les autres. Les orateurs lem’int martelé : « Il faut éviter comme jeune artiste de critiquer l’un pour le plaisir de l’autre », avant de pousser les jeunes artistes vers la visite des espaces artistiques, l’écoute de leur moi intérieur et le travail dans une logique d’auto discipline et d’apprentissage continu.
C’est parce que l’artiste sera resté professionnel c’est à dire spirituel, qu’il pourra pleinement jouer son rôle et se réaliser en créant des métaphores poétiquement puissantes et évocatrices des drames, psychodrames ou simplement des joies et des peines dont la profondeur et l’épaisseur deviendront des interpellations parlant à l’âme et invitant au questionnement des certitudes.
Preston Kambou
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Erick Foguieng
Merci déjà pour ce site, qui nous permet de vivre les réalités de notre domaine, notre passion, notre rêve : l’art
Merci pour la profondeur des propos.
Bien cordialement
Fatale
Preston Kambou
Merci pour la visite mon cher Fotale. Je sais que comme moi tu penses que l’art est une thérapie. Mais si le médecin qu’est l’artiste n’a pas de clinique où diagnostiquer, sa science devient difficile à pratiquer. Alors, nous avons pensé diversalités comme cette clinique libre où l’artiste peut travailler. Bienvenue à la maison. Je serions heureux de te réserver une pièce privée
Bengono Edgard Fortuné
Super. Preston
Je te découvre.
Chacun a sa place pour construire l’art camerounais.
Together we are strong
Tu fais du bon boulot
Preston Kambou
Merci
BONAS AKENTIO
C’est un très grand plaisir pour moi de naviguer sur ce site et de lire avec engouement 😋😋 ces textes. Vraiment merci ♥️
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