Une nuit de scène à Reconnection

La soirée artistique s’est ouverte comme on entrouvre une plaie pour mieux regarder le monde : sans anesthésie.
AP’ART, troupe enracinée à Dschang mais aux pensées nomades, a pris la scène à bras-le-corps. Théâtre sans gants, paroles sans fard. Sous la houlette de Tombé Franklin, les comédiens ont disséqué la contemporanéité : violences ordinaires, fragilité humaine, pouvoir en pourboire, faux-semblants bien repassés. Humour noir, rires jaunes, vérités crues. Le public n’était pas spectateur, il était convoqué.

Noir plateau. Rideau tombé.
Mais pas le silence.

Noir plateau. Rideau tombé.
Mais pas le silence.

La chanson prend le relais, comme une lumière qu’on allume après l’aveu. Cintia Kenne, MC à la voix montante, annonce la Compagnie Kangou, venue du Congo-Brazzaville avec bagages culturels non déclarés. Chorégraphies millimétrées, mélodies héritées, costumes qui racontent, instruments qui se souviennent. Ici, la musique est patrimoine en mouvement, recherche anthropologique autant qu’iniatique. Là-bas, le patriotisme n’est pas slogan mais présence : drapeau visible, langue congolaise assumée. Résultat ? Le public du Festival International Reconnection ne regarde plus, il participe. Le village du festival en entier devient une scène bis.

Le feu de bois crépite et illumine. C’est un soir au village, c’est un ordre au froid de prendre le large devant la chaleur humaine. Partage et reconnexion. Le cocktail est mielleux, la décoction s’est enrichi du parfum de la douceur.

La suite est lyrique.
Les Kod’Art Mboa arrivent avec des textes écrits sur le feu et trempés dans la sève du terroir. Un reggae aux pigments locaux, aux couleurs bien de chez nous. Ça groove, ça parle, ça transporte. Le Mboa s’incruste dans les interstices d’une soirée tout à son honneur d’ailleurs.

La mouvance continue, toujours accordée au local. Joys Sa’a entre en scène et fait de la langue yemba un terrain de jeu et de partage. Exploration douce, voyage interactif. Le sourire comme boussole, la voix comme passerelle. On réapprend les codes, on se réapproprie les mots — ou plus simplement, on se rappelle que dire, c’est déjà être.

Le point final arrive en lettres capitales.
Jean Louis Mbe, lauréat 2020 du Creativity Award de Beyond Music, chantre de la paix et de la justice sociale, conclut la nuit. Groove enlevé, textes profonds, et cette volonté claire de hisser la langue bassa au rang qu’elle mérite : celui de langue qui porte et qui rassemble.

Fil rouge de la soirée, Basel Band. Orchestre caméléon, précis et généreux, qui a accompagné chaque artiste avec une dextérité telle qu’elle ne séduit pas seulement : elle donne rendez-vous. Demain. Encore.

Quand la scène parle ainsi, on n’applaudit pas seulement. On promet de revenir.

Preston Kambou

Ensemble, pensons une autre humanité

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