L’amitié : cette dépendance assumée

Dans la série Dépendances, Lucien Victor Togodba scrute les liens invisibles qui nous attachent les uns aux autres. Avec L’Amitié, peint à l’acrylique sur papier Canson et aux dimensions de 50 × 65 cm, il offre une méditation picturale sur le fil fragile qui relie deux êtres au bord du vertige.

Sur un fond orangé, ardent comme un soleil couchant mais traversé d’inquiétude, deux silhouettes se tiennent, serrées l’une contre l’autre. L’une, peinte d’un noir profond, incarne la densité, la gravité, l’assise. L’autre, en violet pâle, presque translucide, semble vaciller, prête à disparaître dans la lumière qui l’engloutit. Entre elles, pas de domination ni de sauvetage héroïque, mais un partage. Le poids de la douleur circule, et l’on ne sait plus qui soutient, qui est soutenu.

La matière, travaillée au couteau, confère à l’œuvre une intensité vibrante. Les stries, les entailles, les nervures de peinture épaisse deviennent des traces de vie, des cicatrices visibles peut-être. Chaque geste de l’artiste paraît une traduction du souffle court, de l’empathie, de l’effort silencieux qu’exige l’acte d’être présent à l’autre.

L’Amitié ne cherche pas l’ornement. Elle expose la détresse avec une sincérité brute, mais révèle aussi la dignité de ce geste simple : rester. Rester auprès de celui qui chancelle. Rester malgré la fatigue, malgré l’impuissance, malgré le poids de la douleur partagée.

Dans ce face-à-face dépouillé, Togodba rappelle que l’amitié n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Elle est dépendance assumée, refuge contre l’effondrement. Peut-être essaie t il, eu égard au contexte, de répondre à ceux qui brandissent souvent que l’amitié n’est pas une prise en charge ?

Quoiqu’il en soit, l’artiste nous invite  par cette pièce à contempler l’essence du lien humain : une fragilité offerte, une force qui naît du silence et de la proximité. L’Amitié touche parce qu’elle nous renvoie à nos propres failles, et nous souffle qu’aucune douleur n’est trop lourde quand elle est portée à deux.

Preston Kambou

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