« J’ai refusé de vendre mon art aux enchères. » Jasmin Songouang

Avec emphase, Jasmin Songouang martèle « J’ai refusé de vendre mon art aux enchères. ».
Une phrase-programme, qui mieux qu’un slogan, traduit une autre manière de réaffirmer sa personnalité. Il n’a jamais été qu’un passionné désireux d’utiliser ce qu’il fait le mieux pour aider l’humanité à aller mieux. Avoir un focus organisé en son honneur par l’équipe du Festival International Reconnection ce 3 février 2026 sonne un peu étrange pour cet artiste pluridisciplinaire qui n’a jamais vécu que loin, mais alors très loin des projecteurs. Et pour la première vraie rencontre où il considéré comme artiste digne d’intérêt, le choix du lieu peut interroger : un musée ( le musée public de Dschang) assis au milieu des masques, des tambours, des tableaux, des sculptures comme une archive qu’on commence à peine à consulter…

Il suffit de l’écouter parler, de le regarder faire, de scruter dans ses silences les souvenirs qu’il évite et ces mots qu’il répète pour cerner le vécu mais aussi les convictions de l’homme.
Il faut s’arrêter sur cet autre propos lâché au détour de l’échange, assis avec sa Sanza au milieu des pièces de musée :
« Beaucoup sont des artistes Bayam Sellam. Mais malgré la dureté de la vie, on peut encore être artiste comme l’étaient nos aïeux, comme le furent des pionniers tels que Francis Bebey et Manu Dibango. »

Jasmin Songouang est tout à la fois griot, enseignant et ingénieur de conception dans la branche des instruments de musique traditionnelle. Il a fait le choix de la sanza, dit-il, parce qu’elle est l’instrument ancêtre du balafon, ceci pour demeurer fidèle à une tradition gravée dans la roche et transmise par ses ascendants. Son grand-père fut artiste, son père aussi.

Le parcours de cet amoureux de l’art « dans les règles » est si riche qu’on pourrait en consigner les séquences dans des tomes entiers. Mais au musée public de Dschang, l’homme n’en a feuilleté que quelques pages. Des pages qui ont captivé un public certes peu nombreux, mais d’une qualité exceptionnelle. Et il.l’aura démontre par la qualité de l’écoute et des échanges.

Né dans la musique, Jasmin Songouang commence à la pratiquer alors qu’il est encore en classe de sixième au grand collège de la Menoua. En 1974, après l’obtention de son BEPC, son « Bic tombe dans le nyong » — métaphore par laquelle il évoque la fin de ses études — et il s’accroche définitivement à l’art musical, qu’il ne quittera plus jamais.

De griot joueur de sanza, il devient ingénieur de conception, pensant, fabriquant, codifiant et jouant les instruments qu’il enseigne avec rigueur. Il passera ainsi trois années à l’Institut des Beaux-Arts de Foumban, où il transmet ce qu’il nomme la Sanzaphonie, après avoir enseigné au collège Sacré-Cœur de Dschang, ville où il vit et crée encore aujourd’hui.

C’est également à Dschang qu’il se retire après plus de trente années passées au Ballet national du Cameroun, avec lequel il a parcouru le monde. Une troupe qui, confie-t-il avec un pincement au cœur, ne les aura jamais considérés autrement que comme des « temporaires ». Jasmin Songouang en a vu d’autres dans sa vie d’artiste. Et on peut en lire les séquelles sur ce front dont les rides se creusent quand il évoque quelques bribes de son passé. Toutefois, c’est un homme résilient . Préférant s’accrocher à ce qui lui sera arrivé de positif en pensant à demain.  » Je suis un homme . Et je ne peux pas pleurnicher. Je sais qu’il y a révolution musicale à venir. Une révolution qui viendra du désintérêt futur des mélomanes pour les musiques générées, fast food…et voudront écouter de la musique de fond. Et à ce moment, ceux qui auront appris cet art seront prisés. »

Jasmin Songouang compte aujourd’hui deux instruments à son actif : une sanza et une flûte qu’il a baptisée flûte Dibango, en hommage au virtuose mondial du saxophone, Manu Dibango.

Profondément attaché à sa patrie, il refusa jadis, alors qu’il se trouvait en Belgique pour une représentation de Dom Juan de Molière, d’abandonner ses « frères » pour suivre un Zaïrois qui lui promettait une carrière de rêve. Il revint. Il choisit de travailler pour la gloire du Cameroun. Cette envie ne l’a jamais quitté car c’est dans cet esprit qu’il a pensé sa sanza : un instrument lamelo phone et cordophone, symbole de la réunion du Cameroun culturel autiur d’un seul instrument.
Cet artiste un peu négligé a parcouru me.môde avec le ballet national : Japon, France, Belgique…

Aujourd’hui à la retraite du Ballet national, il a emmagasiné des savoirs immenses que, hélas, bien peu se montrent disposés à apprendre. Il fabrique ses instruments et tient une académie de la sanzaphonie qu’il voudrait tant voir décoller. En dépit de son âge, Jasmin Songouang continue de rêver, de penser aux projets qui donneront aux instruments traditionnels de participer à la libération de l’Afrique.

Preston Kambou

Ensemble, pensons une nouvelle humanité

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