Bia So Mengong 2026 : pour un retour assuré aux sources

"Un arbre ne peut aller à la conquête du monde que si ses racines sont bien enfouies dans le sol"

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Ce 11 juillet 2026, le stade Ondondo affiche complet. Des chaises en rangs serrés, des ombrelles improvisées contre le soleil de milieu de journée, des enfants juchés sur les épaules pour mieux voir. La 5e édition du festival international Bia So Mengong s’ouvre ce jour, et dans les regards se lit un mélange de fierté et d’attente. On connaît la maison, on veut voir si elle a grandi.
Il y a un an, le Pr Steve Belinga, promoteur de l’événement, avait lancé le thème comme on lance un défi devant témoins : Retour aux sources. Une consigne sèche pour une équipe qui allait devoir, en douze mois, remonter la piste des origines et la traduire en gestes concrets. Avant lui, l’édition 2025 avait misé sur la mise en commun des savoirs et des héritages pluriels avec « Au-delà des frontières », un thème qui avait déjà donné le ton d’un festival refusant de rester local. Entre-temps, Bia So Mengong a changé de statut : d’initiative portée à bout de bras, il est devenu œuvre d’utilité publique. Le public, lui, a suivi le mouvement et hausse ses attentes chaque année.
Toute la matinée de ce samedi, l’équipe de The Belinga Foundation s’active entre les rangées de chaises et les coulisses. Dernières consignes glissées à l’oreille, sourires tendus, silences qui en disent long. Le repas est prêt, reste à savoir ce qu’en diront les convives. « Le monde nous regarde », répète le professeur Belinga toute la matinée, comme un mot d’ordre lancé aux troupes.


Henri Fouman, plus connu sous le nom de Zoé la Lumière, maître de cérémonie inoxydable du festival, annonce l’arrivée des autorités. La marraine de cette édition, Liliane Libom Li Likeng, ministre des Postes et Télécommunications, prend place aux côtés du conseiller technique n°1 du ministère des Arts et de la Culture venu représenter le ministre, du consul de Guinée Équatoriale au Cameroun, du secrétaire général de région représentant le gouverneur, du préfet de la Mvila et de Madame le sous-préfet de Mengong. Dans les tribunes, les partenaires ont aussi fait le déplacement : Port autonome de Douala, MTN Cameroon, Orange, Ultime Light.
La grande parade ouvre le bal. Sur la piste, des séquences rejouent la colonisation, ses violences, ses captifs, mais aussi les résistances qui s’y sont opposées. Toutes les aires culturelles du Cameroun sont représentées, body painting, contes, percussions et danses mêlés dans une même performance portée par des chorégraphes visiblement rodés à l’exercice. Les langues locales, en revanche, restent en retrait du dispositif, presque accessoires face à la mise en scène.


Viennent ensuite les allocutions. Le promoteur du festival, la marraine, le représentant du ministre des Arts et de la Culture se succèdent au micro. Chacun salue la vision du festival, la qualité des activités, et lance un appel aux chefs supérieurs, déjà nombreux à soutenir l’événement, pour qu’ils continuent d’accompagner une initiative dont l’ancrage dans le développement local n’est plus à prouver.
Madame la ministre des Postes et Télécommunications donne ensuite le coup d’envoi du tournoi de la fraternité. Suit une rencontre serrée entre National et Pascema, que National finit par emporter sur l’unique but du match, sous les acclamations d’un public qui n’a pas quitté le stade.


Au coup de sifflet final, la délégation se met en marche entre les plants de cacaoyer, direction le village culturel puis le village du festival. Une affiche géante, plantée au bout de la piste, accueille les festivaliers et résume les grandes articulations du programme. Premier arrêt : le village culturel, pensé par Jacques Kisito Ndongo Bitye. L’équipe du MINAC et les invités de marque s’y attardent, visiblement surpris par la densité de détails réunis pour faire revivre les racines d’un peuple de guerriers et de rassembleurs. « Un arbre ne peut aller à la conquête du monde que si ses racines sont bien enfouies dans le sol », dira plus tard le Pr Belinga en évoquant ce lieu.


Le Katé Minkolo ouvre le spectacle : un bâton de manioc géant, une boule de pâte d’arachide dont la cuisson a mobilisé plusieurs mains pendant des heures. Les femmes qui le présentent chantent l’hymne des Yekombo en le remettant à Madame la ministre, dans une ambiance qui tient autant du rituel que de la fête. Un peu plus loin, l’Aba Mi Nkukuma, case d’initiation où se transmettaient jadis les valeurs entre générations, accueille les visiteurs. Danses, percussions, costumes de feuilles de bananier complètent le tableau.
Le village du festival prend le relais. Madame Nkoum en a signé la décoration, fidèle au thème de l’édition : produits locaux, calebasses venues de l’Extrême-Nord, raphia, palmes tressées, raffles de maïs, et à l’entrée une enseigne lumineuse qui annonce « Bia So Mengong ». Devant ce décor, les téléphones ne chôment pas.


La soirée se termine en musique. Cysoul ouvre la scène et tient son public, même si certains regrettent une prestation en playback là où sa voix, en live, aurait pu faire davantage. K-Tino referme le bal dans une communion avec la foule de Mengong, non sans un mot de remerciement pour le Pr Steve-Félix Belinga, qui porte ce projet depuis des années.
Il est environ 3 heures du matin, en ce jour d’ouverture, quand le village du festival se vide peu à peu, chacun remportant la promesse d’une suite tout aussi haute en couleurs.


Interrogé en marge des festivités, le Pr Belinga résume les attentes de cette édition : « Nous voulons plus de participation de nos jeunes, beaucoup plus de participation de nos élites, de nos autorités, et nous remercions Madame le ministre des Postes et Télécommunications d’être venue donner le pas pour que tous les autres puissent suivre. Nous voulons que le festival international Bia So Mengong continue de grandir pour être l’un des plus grands dans la région du Sud et, pourquoi pas, l’un des meilleurs dans la République du Cameroun. Nous attendons le soutien de toutes les forces vives autant que des autorités. Nous voulons montrer cette année la force des peuples de la forêt, la force des peuples Ekang, en grandeur comme en miniature, à travers tout ce que nous savons faire. »


Preston Kambou

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