« Nos maux prennent tous naissance dans le même mot : Ignorance »

𝗧𝗲𝗺𝗽é𝗿𝗮𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗱’𝘂𝗻𝗲 𝗷𝗼𝘂𝗿𝗻é𝗲 à Bia So Mengong

17 juillet 2026.

Le coq a chanté trois fois. Les femmes portant encore sur le visage la joie et sur le corps la fatigue de la veille, se sont étirées sans aucune envie de se lever. Certaines, les débrouillardes qui tiennent un commerce au festival depuis qu’il a commencé le 11, ont dû se faire violence pour aller apprêter leurs marchandises. C’est aussi le cas des volontaires, véritables couche tard lève tôt. Thé Show must go on , et c’est ainsi.

Le festival a ouvert le programme de sa deuxième semaine. Sept jours d’activités passés, sept autres à venir, et ce 17 juillet marque le mi-parcours d’un festival qui compte quinze jours au total.

Concert de X-Maleya, 17 Juillet 2026

La matinée commence par les ondes. CRTV Sud a délocalisé son studio jusqu’au cœur des volontaires de Bia So Mengong, dans le cadre du programme Vacances sur les ondes. Pour beaucoup de jeunes présents, c’est une première : prendre la parole en public, sentir le micro, savoir que da voix porte jusque dans toute la région du Sud. Certains hésitent encore avant de parler. D’autres se lancent sans trembler. C’est des anecdotes, des débats, des astuces, du fun en direct.

Le studio se referme bientôt. Juste le temps pour le Bibliobus de prendre le relais. Le Dr Kampoer et son équipe du Ministère des Arts et de la Culture – MINAC installent le dispositif pour trois jours de lecture et d’échanges. C’est désormais un rituel du festival: rapprocher le livre du lecteur rural. Premier jour, premières heures, et déjà des lecteurs curieux s’approchent du bus, feuillettent, s’attardent, posent des questions ou simplement referment et changent de livres. C’est une après midi calme. L’installation sous un arbre avec des chaises et des nattes donne l’impression d’une école sous l’arbre.

C’est aussi cette impression qu’on aura en rejoignant le village du festival où sur le Podium un panel est prêt à lancer l’activité de l’Université Populaire. The Belinga Foundation y poursuit une idée simple : faire descendre le savoir académique vers un public qui n’est ni étudiant ni universitaire. Cette année, le sujet choisi est celui de la route migratoire des peuples Fang Beti, depuis leur départ d’Éthiopie, si l’on suit Bingono Bingono, jusqu’à leur installation sur les côtes.

Le panel est animé par la Professeure Essama Mekongo Pierrette, entourée des Professeurs Joseph Owona Ntsama et François Bingono Bingono, du Dr NgonoCatherine et du journaliste Dania Ebongue.

Les communications démontent une thèse répandue qui situerait la traversée et l’installation des Ekang au XIXe siècle, ou juste avant. Une lecture jugée fausse par les intervenants, et dont il faut libérer les consciences, en particulier celles des jeunes, en les reliant aux cinq piliers de leur culture : la langue, l’habitat, les croyances, les arts, l’art culinaire.

Le Professeur Owona Ntsama s’attarde sur le mvet, instrument, joueur et danse à la fois. Il rappelle qu’il existe trois catégories de mvet, la plus sacrée étant le Mvet Ekang, dont le joueur, initié, maîtrise les 403 vers du poème rituel. Le mvet, dit-il, porte en lui le livre des origines et celui de la vie en société ekang.

Le Dr Ngono prend ensuite la parole sur la palabre, et ses trois piliers : l’écoute sincère, qui permet la rencontre véritable de l’autre ; le dialogue, échange de paroles entre les parties ; le consensus, accord collectif qui construit la paix.

Dania Ebongue clôt le panel sur un partage plus personnel. À force d’observer des similitudes linguistiques et patronymiques entre peuples installés dans des zones géographiques éloignées, il en tire une conviction : ce qui unit les hommes dépasse toujours ce qui les sépare. Nos MAUX, dit-il, naissent tous d’un même MOT, l’IGNORANCE. Faute d’avoir suffisamment cherché à nous connaître, nous vivons encore des situations où certains se croient plus légitimes que d’autres à occuper un lieu. Au Cameroun, une seule tribu compte vraiment en son sens : le Cameroun.

Ce moment d’apprentissage laisse place à un rendez-vous plus léger, mais tout aussi pédagogique : le journal du festival. Une dizaine de minutes pour restituer aux festivaliers l’essentiel de la journée.

La soirée dansante s’ouvre dans la foulée. Le jeune Djemsy chauffe la scène à blanc avant de céder la place au duo et groupe confirmé X-Maleya, pour un moment que les festivaliers qualifient déjà de folie. La soirée se referme sur Karisma Solo, déjà venu sur cette même scène plus tôt dans le festival.

La journée s’achève ainsi, avec la promesse d’une nouvelle journée pleine d’activités.

Y étiez vous? Qu’est-ce qui vous a marqué ?

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Preston Kambou
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