
La nouvelle a été rendue publique par le média partenaire du prix, RFI. Selon les dires du jury, la pièce a marqué par sa poésie, le choix du thème et la finesse dans son traitement.
Sur l’autrice, ou plutôt la metteuse en mots comme elle se présente, il faut dire qu’hier mine Yollo est née à Douala en décembre 1981 de parents qui baignent entiers dans le théâtre. Son père et sa mère, Jean Mingele et Edwige Nto Ngon ( aujourd’hui décédés) sont à la base comédiens avant de devenir metteurs en scène. Elle connaît une enfance tapissées d’art : spectacles, expositions, concerts. Elle aime déjà le théâtre à l’heure où la plupart des fillettes rêvent de devenir princesses : elle répond déjà qu’elle fera du théâtre « comme papa et maman ».
Sa mère négocie un détour : des études littéraires. Elle s’y fait et poursuivra plus tard avec un master en traduction. Une fois celà fait, Hermine retourne à sa passion, entièrement. D’ailleurs , Hermine Yollo résume ce détour d’une phrase sans détour : elle a appris la traduction pour faire du théâtre.
Dans Ima Maryam, elle donne voix à une femme qu’on n’a jamais laissée parler. Maryam, après deux millénaires de prières et de dogmes accumulés sur son nom, demande qu’on la laisse reposer. Deux figures naissent d’elle et la débordent : une entité toute-puissante qui exauce des prières, et une image de pureté sans autre fonction que d’être regardée. Entre les deux, Maryam cherche une place qui n’a jamais existé pour elle.
Interrogée, par RFI, sur sa casquette, Yollo refuse le mot « autrice ». Elle assume mieux l’étiquette de « metteuse en mots », une manière de déplacer le rapport à l’écriture vers la scène et le jeu. Le texte de la pièce porte d’ailleurs cette logique. C’est un tableau dans lequel les silences sont aussi importants que les répliques, matérialisés par des points de suspension, pour des personnages qui cherchent leurs mots, se ravisent, ou choisissent de garder certaines choses pour eux.
Hermine Yollo est très active dans le champ culturel camerounais où elle dirige d’ailleurs la Compagnie NGOTI à Yaoundé. Mais avant sa Compagnie, elle a fait du chemin : elle est passé par le Centre arabo-africain El Hamra à Tunis, les écoles d’acteurs à Cannes et Marseille, le programme Labo ELAN des Récréâtrales à Ouagadougou. Elle cite ses maîtres sans les hiérarchiser : Philémon Ondoua Mbita, Evina Ngana, Werewere Liking, Martin Ambara, Dieudonné Niangouna, Valérie Dréville ( avec qui elle a fait une rencontre fortuite mais significative)
Le titre de la pièce pourrait emmener à s’interroger sur son positionnement religizux. À ce niveau, elle avance avec prudence. Elle n’est pas catholique mais a récité l’Ave Maria enfant, par sa mère. Elle se dit croyante, sans vouloir que sa pièce détourne quiconque de sa foi. Ce qu’elle interroge, c’est la fabrication du silence des femmes dans les récits religieux monothéistes : une parole toujours minimisée, une image toujours binaire, pure ou vile, sainte ou pécheresse.
La coïncidence du calendrier ne nous échappe pas : le prix lui est remis le week-end où le pape Léon XIV est en visite en France. Du coup on se demande ce qu’elle lui dirait si elle pouvait lui parler.
Preston Kambou
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