Esp’Art-Ce Zhero : le service écolo- humanitaire de l’art de la performance

Pendant cinq jours _ du 10 au 14 janvier 2024_ la compagnie Expression Mentale, dont le siège est à Nanga Eboko ( Centre Cameroun ), a accueilli les artistes Agnès Nwack ( danseuse interprète – venue de Douala), Taku Kennedy Taku ( danseur interprète, krumper – venu d’Ebolowa) et Ndji Essongo ( chorégraphe, performeur, danseur interprète, breaker et directeur artistique de la compagnie Expression Mentale) en résidence de création.

Esp’Art-Ce Zhero est une initiative qui recentre le débat sur la manière humaine d’occuper l’espace et sur la qualité des relations qui désormais régissent la vie en société.
Le règne de l’individualisme, du buzz et du gain encourage l’égocentrisme, lui-même ingrédient de la violence et de toutes formes d’abus.
La problématique est d’Esp’Art-ce Zhero est la suivante : qu’est ce que l’homme a fait de son humanité ? Pourquoi les valeurs d’amour, de compréhension, de partage, de paix et de justice sociale ne sont elles désormais que des faire-valoir.

Pour sortir le questionnement de son seul aspect abstrait, la compagnie Expression Mentale a pensé Esp’Art-Ce un projet qui en privilégiant l’interdisciplinarité et l’aspect genre, invite à l’ouverture et à la célébration de la rencontre.

Pour cette phase consacrée à la recherche chorégraphique, l’accent est mis sur l’observation. Le premier jour, le travail commence en matinée par le tour de ville. Il s’agit de prendre le pouls de Nanga Eboko, ville dont l’histoire des origines reste un grand trou noir abyssal où le mythe féconde la réalité pour accoucher d’un récit toujours changeant.

Carrefour NANGA EBOKO

Pour le visiteur qui découvre, Nanga Eboko, communément appelé NANGA, est une ville marquée par le passage Allemand de jadis dont les vestiges restent en place et structurent le reste. Les bâtisses sont la mémoire la plus visible de ce passage Allemand d’avant la première guerre. Ils sont d’autant plus visibles que beaucoup de familles et de services publics sont logés dans ces maisons. C’est le cas de l’école publique de NANGA EBOKO Centre 2, où la plupart des salles de classes sont logées dans des bâtiments allemands rénovés ou pas

Vestiges de la présence allemande

Nanga Eboko c’est aussi cette stèle du carrefour Ebolo Akun, commémorative de la mémoire d’une lutte, d’une injustice, d’une réalité, porteuse de la dénonciation de la maltraitance sur la femme, de l’irresponsabilité de l’homme qui condamne la femme à accomplir toutes les tâches ménagères en plus de devoir supporter les maternités. La stèle présente une femme, une jarre sur la tête en route pour aller approvisionner la maisonnée d’eau. Elle porte dans sa main gauche un enfant accroché à son sein du même côté tandis qu’à ses pieds traîne un autre enfant visiblement nu. La main droite tient la jarre. Face à l’image, on se demande bien à quoi le père de ces enfants pourrait être occupé.

Statue du Carrefour Ebolo Akun

La ville parle divers langues et langages. Il y a ici une cohabitation entre les diverses tribus du Cameroun. Sur Nanga aussi plane le spectre d’une élite intimidante. On aime à rappeler que c’est le terroir de la première dame, le fief du Secrétaire général de la présidence, le Homeland du ministre des Arts et de la Culture.

Nanga c’est son marché Central nouvellement inauguré. C’est des boutiques occupées et d’autres vides. C’est ces commerçants qui exposent leurs marchandises ailleurs que dans les boutiques ou les hangars : incapacité de se permettre le luxe d’un loyer? Acte de résistance face à des pratiques communales peu orthodoxes? Difficiles à dire.

Ce qui est évident cependant, c’est ces femmes qui vendent un peu de tout, ces clients qui achètent en se plaignant de la conjoncture économique, ces enfants qui déambulent portant chacun une marchandise et vendant à la criée.

Dans la rue, les Hommes se croisent, marchent vers la même direction sans forcément communier ni même communiquer. Les motos qui passent n’ont aucun désir de respecter la limitation de vitesse.

Ça crie, ça bouillonne. L’agent communal qui balaie n’empêche pas l’usager de jeter les ordures à même la chaussée, à même l’endroit qu’il vient de balayer. Les écoliers qui traversent doivent se battre avec les conducteurs de motos, de voitures.

Nanga Eboko c’est aussi ses auberges, ses motels. C’est comme dans la plupart des villes Camerounaises, des clients de bars plus matinaux que le Muezzin,M; c’est ces gens assis côte à côte qui ne se parlent plus que par messages WhatsApp, qui découvrent, c’est des coupures Intempestives d’électricité…

Nanga Eboko a le rythme du monde: tout le monde veut la priorité, nul ne prête attention au besoin de l’autre. À Nanga aussi la nature émet le même cri de détresse. Et comme ailleurs, nul ne l’écoute. On roule sur des fourmis, on débouche des arbres, on brûle on brutalise les herbes, on use d’herbicides, de pesticides…C’est dans cette atmosphère de chaos-monde qu’ Esp’Art-ce ZHero entre dans le jeu et propose sa danse expiatoire.

Salle de travail en salle

C’est donc dans cette atmosphère de chaos-monde que Esp’Art-ce ZHero entre dans le jeu et propose sa danse expiatoire.

Savons-nous encore nous donner la main?

Le projet questionne un ensemble d’errements comme un chirurgien disséquerait un corps pour mieux établir son diagnostique et commencer sa thérapie.

Au fond, comment les coups de mains ont ils fini par devenir des coups de poing ?
Pourquoi là où on aurait dû construire des ponts se dressent aujourd’hui des barrières ? Pour qui sont ces enfants qu’on livre aux canons, ces femmes enceintes qu’on éventre, ces valeurs qu’on piétine?

Quatre jours de travail intense. C’est le temps mis par les artistes venus de Douala, Ebolowa, Bafoussam et Nanga Eboko, pour travailler sur la préoccupation.

La problématique est originale car actuelle. Son traitement est authentique car englobant le vivant.

Les artistes , eux, sont Dynamiques, motivés, engagés. On les a vus dans les rues, en salle et en plein air. Ils ont essuyé regards, jugements, condamnations. Pourtant, tous  ont continué de bosser, de cogiter, de creuser pour mieux penser ce spectacle vivant, qui suggère une autre manière d’habiter le monde.

Peut-être est-ce de là que viendra la justice véritable ? Peut être est ce là le meilleur moyen de créer du lien et de gommer les distances? Peut-être est de là que viendra la thérapie efficace à ce mal profond qui gangrène l’humain ? Ce mal de l’égocentrisme, de la suffisance, de la débauche et de la bassesse? Ce mal de cette bassesse qui déconnecte l’homme de lui-même, qui le conforte dans la prétention,  l’arrogance, les promesses fallacieuses, la haine, la rancune, la déforestation, les détournements, les guerres…

Monument du palais de justice

Cette phase de recherche chorégraphique s’est achevée par une restitution, point de départ de la prochaine résidence qui aura sûrement lieu à Douala.

Preston Kambou

Ensemble, faisons briller les étincelles.

+237695521762 ( nous aider, nous écrire)

1 Comment

  • Bengono Edgard Fortuné
    Bengono Edgard Fortuné
    15 janvier, 2025 at 7:12 pm

    La danse et la chorégraphie à Nyanga Eboko. C’est ce que nous, Foumban Arts Room, encourageons. Que les camerounais s’approprient les arts et les appliquent où ils sont, sans états d’âme, sans remords et sans complexes. Les consommateurs de l’art camerounais ne sont pas encore actifs. Il faut des actions comme celles ci pour gagner des coeurs. Un après l’autre, le Cameroun comprendra et l’artiste vivra de son métier.
    Bon vent à vous, les artistes de la poussière.

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