Ongola Design Mood, comme une partition pour la journée de la musique.

Que ceux qui disent que c'est dans la vieille marmite qu'on fait de bonnes sauces, N'oublient pas que les vieilles machettes donnent le tétanos ". Grimo

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L’Ongola Design Mood 2025 a choisi la journée symbolique du 21 juin pour se poser. Hasard, coïncidence ou choix stratégique ? Y répondre enlèverait peut-être à la question toute sa mystique. Il faut parfois laisser à chacun le soin de se faire son opinion et c’est ce que bous allons faire. Toujours est-il que la journée du 21 juin est sacrée. Elle est consacrée à la fête de la musique. Et si on se fait un peu spirituel et qu’on reconnaît à la musique sa vertu thérapeutique (la musique adoucit les mœurs), on penche raisonnablement pour un choix raisonné.

L’Association Foumban Art Room (FAR) à l’initiative de l’Ongola Design Mood, tout comme le Centre International pour le Patrimoine Culturel (CIPCA) qui a accueilli l’événement ou encore le partenaire de choix Bandjoun Station, ont tous en commun le désir d’adoucir les mœurs par le truchement de l’art tatoué dans leur ADN. Alors oui, on peut dire que le choix du jour soit lié à ce « désir d’humanité » ( pour emprunter à Barthélémy Toguo le titre de l’une de ses expositions) qui implique qu’on fasse chœur avec le reste du monde, qu’on mette en musique diverses expressions artistiques dans une démarche cosmographique qui redonne à l’art sa place de fond, revalorise son rôle de liant entre les Camerounais, leurs arts et leur culture.

Hassan Njoya du CIPCA

Mais mettre en musique une telle entreprise ne peut se faire sans orchestre. Et ce soir du 21 juin, l’orchestre a les disciplines artistiques pour instruments : c’est une exposition d’architecture, de sculpture, de peinture ; c’est un atelier de mode et de slam, une installation… Des arts pluriels qui se mélangent, s’accordent avec finesse autour du thème unique d' »Ongola Design Mood ».

Les invités, au rang desquels l’Ambassadeur des États-Unis au Cameroun, S.E Christopher John Lamora, ou encore l’illustre cinéaste Bassek Ba Kobhio (passé un peu en avance), se fondent dans un décor du CIPCA paré pour l’événement. Scénographie de circonstance, régie son et lumière sobre mais efficace. Les chaises sont disposées dans la cour comme lors de ces rencontres traditionnelles de l’Afrique authentique où la parole se croquait jusqu’à la sève. Un microphone, une voix, des sons de tam-tam, de tambour, de Djembe. La musique est diffuse, spirituelle, presque méditative.

De gauche à droite, JB, Grimo et Chorus

Les néons de la ville aux 7 collines diffusent déjà leurs lumières conditionnées par l’humeur d’ENEO. Dans le ciel , quelques etoiles. Mme  Fabiola ECOT MBIDA MBIDA, fondatrice et directrice du CIPCA, prend la parole pour souhaiter la bienvenue aux invités et saluer l’initiative qu’elle classe parmi les plus originales. Sa voix, saisie d’émotions, traduit toute la sensibilité qu’on lui connaît quand il s’agit de promouvoir la culture et le patrimoine artistique.

Elle est suivie par le Dr Fortuné Bengono, président du Foumban Art Room, une association culturelle basée à Foumban (Ouest Cameroun) qui travaille à promouvoir les valeurs artistiques et culturelles des quatre aires culturelles du Cameroun. « Pensée comme un Think Tank de réconciliation du Camerounais avec sa culture, son patrimoine et son identité profonde, l’association regroupe des professionnels de l’art, des académiciens et des praticiens, qui mènent la recherche pour non seulement ressusciter des valeurs et des pratiques artistiques et culturelles camerounaises, mais militent pour une pratique de l’art qui tienne compte des besoins réels des Camerounais en se mettant au service de la promotion de leur patrimoine culturel. Ce soir, l’exposition n’est qu’une fine présentation de nos réalisations et un moyen de faire des visiteurs les ambassadeurs de notre initiative », ponctue-t-il avant d’inviter le public à le suivre pour découvrir l’exposition.

Mme  Fabiola ECOT MBIDA MBIDA

Le parcours amène le visiteur à arpenter quelques grands axes de l’histoire du Cameroun réappropriés par des artistes via leurs créations. Ce sera donc une installation figurant trois personnages sculptés en lutte de positionnement et du leadership, devant trois lanternes brillant à des degrés différents. Il s’agit, selon Fortuné Bengono, d’une représentation de la guerre des religions à laquelle fut confronté le roi Njoya et dont l’issue lui fut défavorable car l’islam, puis le christianisme, prirent le dessus sur les religions locales.

Une attitude de S.E Christopher John Lamora lors de la visite de l’exposition

Il y a par la suite des dessins montrant l’intense activité artistique et culturelle dans le royaume Bamoun au temps du roi Njoya, un sultan dynamique à qui on doit la création d’une écriture mais aussi un grand travail de design. Le reste de l’exposition réfléchit sur le vivre-ensemble, notamment avec la série « Les lions indomptables » de Fortuné Bengono, dans laquelle la constitution de l’équipe nationale de football devient un prétexte pour réfléchir sur les réalités de l’intégration nationale et inciter à une meilleure diplomatie de la gestion de la diversité.

C’est aussi dans l’optique de valoriser cette diversité que les architectes du Foumban Art Room ont pensé des plans architecturaux spécifiques à chaque aire culturelle, proposant des maquettes de maisons qui, tout en étant modernes, conservent l’âme et la spécificité de chaque peuple du Cameroun. Il en est de même des meubles.

C’est aussi cet esprit, en accord avec l’approche cosmographique, qui apparaît au rayon des créations de mode. Parlant de création justement, la deuxième partie de la soirée, qui se passe en plein air, implique trois créatrices de Foumban Art Room :

Chikou Yvy (chef de l’atelier mode de FAR). Elle expose deux collections. D’abord le « carrefour des bonheurs », où des vêtements, conçus selon les aires culturelles camerounaises, se réunissent en un ID, entendez identité, comme un appel à la mise en commun des énergies pour bâtir un vivre-ensemble plus marqué.

Pour le deuxième passage, elle habille ses mannequins de tenues conçues en référence exclusive à la culture de la forêt équatoriale, regroupées dans sa collection « Nkil Zok, le chemin de l’éléphant ». C’est un véritable boulevard de traces, de marques, d’empreintes laissées par le passage des pachydermes. Ici, toutes les techniques sont convoquées, les formes réalisées avec des matériaux divers (lin, wax, peaux de léopard, le ntuntouere ou tissé bamoun) dans un ensemble esthétique qui donne à la mode camerounaise de reconquérir son identité.

La deuxième créatrice du Ongola Design Mood s’appelle Deffo Rolande. Membre du FAR et produit de l’IBAF, elle a récemment fait partie d’une résidence de création au musée d’art contemporain Bandjoun Station, avec les artistes de Montpellier. Elle pense ses créations comme une réponse aux faits sociaux qu’elle observe, une thérapie pour les maux de l’univers. Ses mannequins défilent avec les tenues (10 au total) de sa collection « Mtse » (nez en ghomala) ou « Ndjoe » (en langue beti), qu’elle présente comme un signe d’identité et lien de sang.

Pour matérialiser cette réalité, Rolande Deffo met en avant quelques éléments reconnaissables comme le tissu léopard (Ze), signe de la bravoure, la paille de raphia (Zam), élément d’identification en contexte de forêt, le bois (Ele) qui est un constituant naturel dans ce contexte. Les couleurs font référence au décor terre tandis que la mise en scène des éléments participe de la méditation autant que de la médiation, thèmes déterminants dans son travail. Son désir de s’intégrer en entier dans le monde contemporain de la mode, se lit sur l’utilisation des matières comme le jute synthétique et la crêpe-velours.

La troisième créatrice se nomme Foudam Danie. Produit du Foumban Art Room, elle sort elle aussi de l’IBAF. Elle présente « Yann-néli« , qui signifie léger, souple ou fluide chez les Fomepea dans la Ménoua (Ouest Cameroun). C’est une collection dont les vêtements s’inscrivent dans des formes bouffantes, dans les techniques de froid sage et dans les lignes droites. Au niveau des matériaux, ils intègrent des cordes, des élastiques et des fronces pour décrire le mouvement, lequel mouvement reprend une démarche initiatique et rituelle nommée mevungu chez les Beti.

On notera que le Mevungu chez les femmes beti renvoie à une grande agitation volontaire faite dans l’optique de recueillir l’énergie vitale nécessaire au rétablissement du bon ordre, de l’équilibre cosmique. On interprète le mevungu comme le viol salvateur des tabous pour apporter l’apaisement. Elle propose 7 tenues, 7 comme le chiffre rituel qui invite à la méditation.

C’est une soirée riche en couleurs et en sons, animée de bout en bout par Chorus Architecture et JB au tambour, tam-tam et djembé et musique portée par Grimo Art au micro: ils sont tous membres du Foumban Art Room.

Le défilé de mode est accompagné de ce mini concert de Slam, art de la parole, poésie orale et rythmée portée par la voix majestueuse de Grimo Art.

Les textes sont profonds, les thématiques variés. Sortie des tréfonds de la forêt équatoriale, la voix de Grimo se déploie avec la force et l’énergie du mvet. L’artiste slame, comme si la vie de l’humanité en dépendait. Il scande des paroles qui électrise la foule de spectateurs qui parfois  sourient à une tournure bien négociée, réagissent à une satire des plus ironiques . C’est un public magnifique que celui du CIPCA ce soir. Il est en phase avec le conteur, et participe en reprenant en chœur des parties précises de l’homélie de l’initié.
Les thématiques se bousculent, comme les visiteurs dans cette enseigne de l’art et du patrimoine situé derrière le centre régional des impôts du centre.

Les mots sont saccadés. À l’image du type de vie que mène un peuple camerounais aujourd’hui coincé entre le marteau et l’enclume d’une gouvernance pleine d’ embuscades.

Grimo slame, comme on égrènerait les paroles d’un grimoire ancien.
Il parle à l’âme
De cette voix profonde
Qui invite à la méditation mais aussi à la méditation.
Il prêche
Et le peuple peut y déceler son engagement à faire sortir son peuple de la raque de l’histoire

Grimo slame, déclame et réclame la prise de conscience.  Suivez la voix de la Sagesse sortir du corps d’un jeune camerounais. Parle griot, le peuple t’écoute ( suivez ce lien pour dégusterhttps://youtu.be/isENtsPxJ7k?si=mgc66ybsZfTQdqyk

Preston Kambou

4 Comments

  • Chembifon Muna
    Chembifon Muna
    23 juin, 2025 at 8:55 am

    J’ai au été honoré d’avoir été convié a cet événement culturel qui était riche en contenu : Exposition , défilé de mode , poésie, savoir faire artistique, informations utiles, rencontre et échanges humaines… Félicitations à toutes les personnes qui ont contribué de loin ou de prêt à sa réalisation…

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    • Preston Kambou
      Preston Kambou
      23 juin, 2025 at 9:10 am

      Une grande manifestation du savoir-faire artistico culturel made in Cameroon. J’ai eu la chance de rencontrer M Muna, une valeur sûre de la culture. Merci pour votre visite sur notre site.

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    • Renée Géraldine Mboula
      Renée Géraldine Mboula
      23 juin, 2025 at 11:29 am

      C’est avec enthousiasme que j’ai lu le résumé de ce riche évènement. Félicitations à Dr Bengono et à toute son équipe. Merci de mettre en valeur nos cultures

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      • Preston Kambou
        Preston Kambou
        23 juin, 2025 at 11:32 am

        Merci pour la visite. C’est toujours un honneur de retrouver de braves âmes sensibles à la culture

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