Nda Chi, l’écho de ma douleur

"Me voici devenu seul au monde. Qui me dira jamais quel est mon péché ? Qui viendra jamais à mon secours ?" Scande le poète.

Pour un tour aux sources, rien de plus adapté que qu’Abandon, cette mélopée de Nda Chi. La musique, mélancolique, les paroles profondes et nostalgiques, la technique de chant bien négociée. Avec abandon dans les oreilles, j’ai refait le chemin de mon enfance. Sur les routes escarpées de Djutsit, village du groupement Bafounda dans les Bamboutos.

J’ai associé à la musique bucolique de mon périple d’antan, le son enlevé de cette musique. Jouée sur le téléphone, « Abandon » m’a allégé de la longueur du chemin, détaché du remord parfois, mais plongé plus avant dans la douleur souvent. Les chœurs dans cette musique semblent venir d’outre-tombe. Comme une suplication au divin, pour alléger les souffrances de l’humain. L’artiste pleure, et ses mots transpercent mon cœur comme des flèches.  » Me voici devenu seul au monde. Qui me dira jamais quel est mon péché ? » Scande le poète.

Et à sa douleur s’ajoute ma désolation devant l’assèchement des ruisseaux qui, enfants, nous désaltéraient sur le chemin du champ. Aujourd’hui ainsi que le marché en usine qu’il décrit, ces lits d’eau sans eaux me font pleurer  sur le osrt du monde. Ce monde où l’égoïsme des hommes donne du carburant au réchauffement climatique. Douleur devant la disparition du grand safoutier à l’angle de Séh Djutsit (Marché Badjutsit), abattu par qui je ne sais, pour des causes que je saurais encore moins décrire.

La journée, banale pour mes accompagnateurs, aujourd’hui mieux adaptés au chemin que moi, était pour moi chargée d’un symbole. J’ai planté des arbres fruitiers, question de marquer mon existence sur cette terre. J’ai goûté à du maïs frais (Nguessan fièh), rôti sur du feu de bois fait en plein champ, malheureusement  sans safou ( le seul safoutier de la plantation a péri dans un feu de brousse).

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Et quand j’étais assis là à savourer cet instant, que de souvenirs me sont revenus. Se bousculant dans ma tête comme des porcelets cherchant chacun la mamelle la plus juteuse d’une truie à bout de force. Il y en a de juteux dans ces souvenirs. Les rencontres, les moments de retrouvailles. Ici, jadis, nous venions nous retrouver, enfants de famille nombreuse : cousins, cousines, neveux, nièces, tantes… Il y avait là une cabane où l’on faisait des repas sans trop d’apprêts, mais si appétissants ! Il y avait cette communion, cette simplicité, de la bonne énergie : LA VIE!

Malheureusement, le temps a passé, avec lui le trépas de beaucoup. J’ai repensé à Éloge, mon neveu, mon frère. À nos jeux, à tous ces arbres dont nous avons visité les cimes. À ces jours où, ayant passé la nuit au champ, nous restions dans la cabane à rôtir des prunes et du maïs quand les adultes étaient déjà occupés à labourer. J’ai repensé aux chemins que nous avons parcourus ensemble pour aller à la source. Et des larmes ont jailli de mes yeux. Nous avons tous nos moments d’abandon. Heureusement Dieu nous a donné de pouvoir les écrire et à Nda Chi de le chanter pour nous.

Preston Kambou

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