Festival Bia So Mengong , une université populaire en pleine création ?

Le livre initiatique des peuples Ekang, le Mvet, a laissé des enseignements importants,

Les festivaliers de Bia So Mengong ont assisté ce 25 juillet 2025 à une conférence culturelle sous le thème « Règlement des conflits dans la communauté Ekang ».
Un pur délice didactique et intellectuel, servi par les Pr Abona, Owona Ntsama, Bingono Bingono et l’administrateur civil M. Akouolo (représentant le gouverneur de la région du Sud) dans un panel que modérait Dania Ebongue.

Comme pour placer le thème dans son contexte génésique, l’ethno-sociologue et initié Bingono Bingono entonne un refrain : « Ekang Bisso éééh », auquel l’assistance répond en chœur « Élan, élan eeeh… ». Un chant de ralliement que les Ekangs chantent depuis aujourd’hui 6000 ans. Il précise, comme pour mettre l’assistance sur les rails, que le livre initiatique des peuples Ekang, le Mvet, a laissé des enseignements importants, dont toute la rencontre ne s’évertuera qu’à évoquer quelques-uns pour mieux éclairer les lanternes.

L’occasion est saisie par ces éminences grises pour promener l’auditoire au cœur de la vérité du conflit chez les Ekangs, de sa dénomination, de sa déclinaison, mais aussi de sa caractérisation. Parler du règlement des conflits chez les Ekangs revient à revisiter l’anthologie du conflit, qui, chez les Ekangs, renvoie au chaos, visiter les causes du conflit pour comprendre avec le Pr Abona que chez les Ekangs, toutes les conflictualisations s’articulent autour de 4 groupes :

Le groupe génésique

Le groupe du non-respect de ce qui est convenu (briser le serment)

Le groupe métaphysique matérialisé par l’ivu, la sorcellerie négative

Le groupe de l’hérédité, en ce qu’on hérite des problèmes de ses ancêtres.

Mais connaître les groupes de conflictualisation oriente vers un autre niveau, qui est celui des effets du conflit. Et il faut retenir que le conflit ouvre la porte au désordre, à comprendre comme un bon ordre. Et cela se manifestera par:

:

La perturbation de la nature (maison hantée, malédiction du clan…)

La haine entre les hommes

Les querelles, la dispersion

La maladie comme résultat de la brisure d’un serment

La mort, dont on trouvera les clés du questionnement dans l’essani, chant tambouriné exécuté à la suite d’un décès et qui questionne plus la main qui aura livré le frère ou la sœur décédé(e) que la mort elle-même.

Une fois le conflit présenté du point de vue de ses effets, il reste à aborder les possibilités de règlement, de résolution.

Pour le Pr Abona, la résolution des conflits obéit ici à 4 grands moments chez les Ekangs :

L’accusation/dénonciation, qui conduit à la caractérisation du conflit, ou, pour rester fidèle au propos, « accuser la parole ».

La liturgie de la parole : cela se passe entre les personnes en conflit et un public réuni suivant un critère donné pour les écouter.

Le sacrifice : il n’existe pas de gestion des conflits chez les Ekangs sans sacrifice. Le sacrifice joue un rôle expiatoire, un rôle de bouc émissaire à sacrifier sur l’autel de la réconciliation.

Le re-ordre : le moment où tout redevient normal et où l’on peut avancer sans plus de conflit, dans la paix.

On retiendra que, pour le Pr Abona, la résolution du conflit chez les Ekangs répond à un modèle qui débute par la cosmogonie, se poursuit par l’initiation, avance vers l’insertion sociale, la réclusion, puis la réinsertion.
Mais tout conflit naît toujours de la présence d’une troisième personne. C’est ce qu’il nomme le modèle du tiers exclu.

Les Ekangs sont ce peuple guerrier qui maîtrisait jadis le secret de l’immortalité et en aura été déchu du fait de la trahison d’un pacte avec la nature, mais aussi de beaucoup d’autres libertés prises avec les fondamentaux cosmiques et cosmogoniques de la création.

Il est aujourd’hui clair que, du fait de cette négligence, le peuple Ekang — qu’il serait risqué de confiner au seul encadrement du Centre et du Sud du Cameroun, car il est présent dans 24 pays africains — serait passé au rang d’un peuple en déphasage avec sa culture. Pourtant, il ne saurait y avoir de peuple développé qui ne soit enraciné dans sa culture, sa langue, sa spiritualité.

Au cours de la conférence, des mots savants sont souvent employés, mais toujours replacés dans le concret, illustrés par des exemples parlants ou des cas pratiques. Dans cette sorte d’université populaire, pour reprendre cette formule du Pr Owona Ntsama, les étudiants s’approprient les notions, s’y reconnaissent, et la qualité de leurs interventions traduit bien cela. L’initiative est saluée par une assistance attentive qui pense que des rencontres comme celle là devraient se multiplier et remercie le Pr Belinga d’avoir eu cette brillante idée de créer Bia So Mengong comme qui porterait sa pierre à l’édification de la Nation.

Preston Kambou

Pour nous contacter+237695521762

1 Comment

  • Bisso Bingono
    Bisso Bingono
    25 juillet, 2025 at 11:33 pm

    TRÈS ÉDIFIANT

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *